Egingard

Eginhard ou Einhard, fut le biographe de Charlemagne, il est né en 770, et fit ses études à l'abbaye de Fulda où il est remarqué par par l'abbé Baugulf pur son travail et son intelligence. On le retrouve ensuite à la cour de Charlemagne où il suit les cours de maîtres célèbres tel que Alcuin. Par la suite il se retrouve à la cour de l'empereur Louis le Pieux fils de Charlemagne, il y fait l'éducation de Lothaire, fils aîné de Louis le Pieux. Secrétaire de Charlemagne, il surveille les travaux de la chapelle palatine d'Aix la Chapelle, du pals d'Aix et de celui d'Ingelheim. Appréciant sa diplomatie Charlemagne lui confie en 802 la négociation d'un échange d'otages saxons. Puis il l'envoie à Rome auprès du pape pour faire valider son testament. A la mort de son épouse Imma (Emma), il devient abbé. Il meurt en 840. A-t-il été le gendre de Charlemagne ? La chronique du monastère de Lauresheim, dont Éginhard fut le bienfaiteur, rapporte une anecdote piquante, traduite par F.Guizot en 1826. Éginhard, archichapelain et secrétaire de l’empereur Charles, s’acquittant très honorablement de son office à la cour du roi, était bien venu de tous, et surtout aimé de très vive ardeur par la fille de l’empereur lui-même, nommée Imma, et promise au roi des Grecs. Un peu de temps s’était écoulé, et chaque jour croissait entre eux l’amour. La crainte les retenait, et de peur de la colère royale, ils n’osaient courir le grave péril de se voir. Mais l’infatigable amour triomphe de tout. Enfin cet excellent homme, brillant d’un feu sans remède, et n’osant s’adresser par un messager aux oreilles de la jeune fille, prit tout d’un coup confiance en lui-même, et, secrètement, au milieu de la nuit, se rendit là où elle habitait. Ayant frappé tout doucement, et comme pour parler à la jeune fille par ordre du roi, il obtint la permission d’entrer ; et alors, seul avec elle, et l’ayant charmée par de secrets entretiens, il donna et reçut de tendres embrassements, et son amour jouit du bien tant désiré. Mais lorsque, à l’approche de la lumière du jour, il voulut retourner, à travers les dernières ombres de la nuit, là d’où il était venu, il s’aperçut que soudainement il était tombé beaucoup de neige, et n’osa sortir de peur que la trace des pieds d’un homme ne trahît son secret. Tous deux pleins d’angoisse de ce qu’ils avaient fait, et saisis de crainte, ils demeuraient en dedans. Enfin comme, dans leur trouble, ils délibéraient sur ce qu’il y avait à faire, la charmante jeune fille, que l’amour rendait audacieuse, donna un conseil, et dit que, s’inclinant, elle le recevrait sur son dos, qu’elle le porterait avant le jour tout près de sa demeure, et que, l’ayant déposé là, elle reviendrait en suivant bien soigneusement les mêmes pas. Le jour, il regardait du haut de son palais. Il vit sa fille marchant lentement et d’un pas chancelant sous le fardeau qu’elle portait, et lorsqu’elle l’eut déposé au lieu convenu, reprenant bien vite la trace de ses pas. Après les avoir longtemps regardés, l’empereur, saisi à la fois d’admiration et de chagrin, mais pensant que cela n’arrivait pas ainsi sans une disposition d’en-haut, se contint et garda le silence sur ce qu’il avait vu. Cependant Éginhard, tourmenté de ce qu’il avait fait, et bien sûr que, de façon ou d’autre, la chose ne demeurerait pas longtemps ignorée du roi son seigneur, prit enfin une résolution dans son angoisse, alla trouver l’empereur, et lui demanda à genoux une mission, disant que ses services, déjà grands et nombreux, n’avaient pas reçu de convenable récompense. A ces paroles, le roi, ne laissant rien connaître de ce qu’il savait, se tut quelque temps, et puis assurant Éginhard qu’il répondrait bientôt à sa demande, il lui assigna un jour. Aussitôt il convoqua ses conseillers, les principaux de son royaume et ses autres familiers, leur ordonnant de se rendre près de lui. Cette magnifique assemblée de divers seigneurs ainsi réunie, il commença disant que la majesté impériale avait été insolemment outragée par le coupable amour de sa fille avec son secrétaire, et qu’il en était grandement troublé. Les assistants demeurant frappés de stupeur, et quelques-uns paraissant douter encore, tant la chose était hardie et inouïe, le roi la leur fit connaître avec évidence en leur racontant avec détail ce qu’il avait vu de ses yeux, et il leur demanda leur avis à ce sujet. Ils portèrent contre le présomptueux auteur du fait des sentences fort diverses, les uns voulant qu’il fût puni d’un châtiment jusque-là sans exemple, les autres qu’il fût exilé, d’autres enfin qu’il subît telle ou telle peine, chacun parlant selon le sentiment qui l’animait. Quelques-uns cependant, d’autant plus doux qu’ils étaient plus sages, après en avoir délibéré entre eux, supplièrent instamment le roi d’examiner lui-même cette affaire, et de décider selon la prudence qu’il avait reçue de Dieu. Lorsque le roi eut bien observé l’affection que lui portait chacun, et qu’entre les divers avis, il se fut arrêté à celui qu’il voulait suivre, il leur parla ainsi : « Vous n’ignorez pas que les hommes sont sujets à de nombreux accidents, et que souvent il arrive que des choses qui commencent par un malheur ont une issue plus favorable. Il ne faut donc point se désoler ; mais bien plutôt, dans cette il affaire qui, par sa nouveauté et sa gravité, a surpassé notre prévoyance, il faut pieusement rechercher et respecter les intentions de la Providence qui ne se trompe jamais et sait faire tourner le mal à bien. Je ne ferai donc point subir à mon secrétaire, pour cette déplorable action, un châtiment qui accroîtrait le déshonneur de ma fille au lieu de l’effacer. Je crois qu’il est plus sage et qu’il convient mieux à la dignité de notre empire de pardonner à leur jeunesse, de les unir en légitime mariage, et de donner ainsi à leur honteuse faute une couleur d’honnêteté. » Ayant ouï cet avis du roi, tous se réjouirent hautement et comblèrent de louanges la grandeur et la douceur de son âme. Éginhard eut ordre d’entrer. Le roi, le saluant comme il avait résolu, lui dit d’un visage tranquille : «Vous avez fait parvenir à nos oreilles vos plaintes de ce que notre royale munificence n’avait pas encore dignement répondu à vos services. A vrai dire, c’est votre propre négligence qu’il faut en accuser, car malgré tant et de si grandes affaires dont je porte seul le poids, si j’avais connu quelque chose de votre désir, j’aurais accordé à vos services les honneurs qui leur sont dus. Pour ne pas vous retenir par de longs discours, je ferai maintenant cesser vos plaintes par un magnifique don ; comme je veux vous voir toujours fidèle à moi comme par le passé, et attaché à ma personne, je vais vous donner ma fille en mariage : votre porteuse, celle qui déjà, ceignant sa robe, s’est montrée si docile à vous porter. » Aussitôt, d’après l’ordre du roi et au milieu d’une suite nombreuse, on fit entrer sa fille, le visage couvert d’une charmante rougeur, et le père la mit de sa main entre les mains d’Éginhard avec une riche dot, quelques domaines, beaucoup d’or et d’argent et d’autres meubles précieux. Après la mort de son père, le très pieux empereur Louis donna également à Éginhard le domaine de Michlenstadt et celui de Mühlheim qui s’appelle maintenant Seligenstadt.
Traduction de F. Guizot, 1826.

 


Dernière Modification   26/12/16

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