Le Triangle des Bermudes

Le mystérieux occulte qui nous environne et nous habite, a ses lieux de prédilection où il semble vouloir jouer à nous déconcerter. Nous savons qu'il existe des courants telluriques qui conditionnent la qualité des terrains et de l'environnement, des endroits où " souffle l'esprit ", mais il semble qu'il y ait aussi des zones vouées aux influences étranges et souvent maléfiques. Dans un livre attrayant (1), Roger de Lafforest a étudié ces sujets et notamment les maisons où il a détecté  des décors géographiques, conditionnés par des forces qui naissent soit du sous-sol, soit de l'implantation, soit des déluges immatériels tombant du cosmos... soit des matériaux mêmes de la maison, soit des objets ou du décor dont la géométrie peut faire rayonner des ondes de formes plus ou moins violentes. Tous ces phénomènes sont liés à des raisons électromagnétiques, psychiques et à des irradiations souvent néfastes si elles émanent de centres accumulateurs de pensées malsaines. Mais que dire des régions immenses du globe terrestre où les maléfices naissent et se déchaînent comme s'ils étaient en relation directe avec les enfers mythologiques

Les yachts disparaissent

Deux points de la planète sont soumis à ces forces redoutables les Açores, et la région des îles Bahamas qui est entrée dans l'histoire occulte sous le nom de " Losange magique ". Les Açores, à   1500 km à l'ouest du Portugal, furent Si l'on croit la tradition, les Champs-Élysées du monde antédiluvien. C'est là que battait le cœur de l'Atlantide heureuse, que s'érigeait sa capitale étincelante d'orichalque Poséidonis. Survint le déluge, et depuis, les lieux sont devenus le théâtre d'événements étranges et parfois dramatiques. Une brève récapitulation est édifiante et peut fournir des éléments d'étude sur le mystère des Açores C'est dans ces parages qu'apparaît périodiquement l'île fantôme de San Brandan. C'est là que naissent les anticyclones responsables de la situation météorologique de l'Europe. C'est là que l'Atlantide fut engloutie il y a 12 000 ans.- C'est à 500 milles au large de ces îles que les pétrels, oiseaux migrateurs transocéaniques, tournent en rond jusqu'à la limite de leurs forces. - A Sâo Miguel des Açores, l'eau bout dans des cratères qui crachent encore de la lave.- Une île y est apparue en 1954 et s'est rattachée à l'île Fayal. - C'est là enfin que des bateaux perdent leurs équipages comme s'ils étaient mystérieusement volatilisés. Depuis 1969, par beau temps et mer tranquille, cinq yachts y ont été trouvés, la plupart en excellent état, mais vides de leurs passagers. Aucune explication valable n'a pli être avancée, et désormais la région des Açores jouit parmi les navigateurs d'une réputation où la magie le dispute à l'insolite.

La Marie-céleste, bateau fantôme

 En novembre 1872, le brigantin Marie-céleste quitta New York à destination de Gênes, avec à son bord douze hommes d'équipage. Le petit navire fut aperçu le 2 décembre au large des côtes d'Europe, et rien ne permettait alors de juger suspect son comportement. Le 4 décembre, il voguait toutes voiles dehors, prenant le vent bien en poupe, mais le capitaine du bâtiment anglais Dei Gracia fut surpris de ne pas voir le brigantin répondre à son salut et aux signaux qu'il lui envoyait. S'approchant au plus près, les Britanniques n'aperçurent personne, ni à la barre ni sur le pont, et l'un d'eux s'écria en manière de plaisanterie, enfin, voilà un bateau fantôme !  Il ne croyait pas si bien dire, car lorsque les marins se rendirent en chaloupe sur la Marie-céleste, ils la trouvèrent vide de tout équipage. Pourtant, à part l'atmosphère lourde de silence, rien ne semblait indiquer qu'un drame ait eu lieu à bord. Tout était en ordre et semblait prêt pour un petit déjeuner la théière voisinait avec les toasts et le pot de confiture d'oranges, le pont était lavé et les cordages correctement lovés. La barque de sauvetage était en place sous les bossoirs, les palans bien serrés et les saisines à portée de main. Du linge séchait sur un fil et les vivres ne manquaient pas dans la cambuse. Les marins anglais fouillèrent les cabines, la cale, et durent se rendre à l'évidence il n'y avait âme qui vive. De mémoire de navigateur, c'était la première fois q'un tel événement se voyait en mer, et sans que rien put le justifier. Certes, l'océan en novembre est toujours assez dur sur l'Atlantique au voisinage des Açores, mais il n'y avait eu ni tempête ni grosse mer, et un brigantin avec ses deux mâts et une dizaine d'hommes d'équipage était en mesure de faire face à de sérieux coups de tabac. Il n'y avait âme qui vive, c'était peut-être beaucoup dire : un chat gris et pacifique était la seule créature à bord, et c'était encore plus troublant, car il est de règle en mer, si  l'on doit abandonner le bateau, de sauver si possible les animaux familiers qui, outre leur utilité, sont des amis privilégiés de l'équipage et en quelque sorte leur porte-bonheur.

Une chose étrange

L'énigme se présentait sans aucune solution possible. Si l'équipage avait dû quitter le brigantin, il aurait utilisé le canot de sauvetage Si une mutinerie s'était produite, on eût trouvé trace de lutte ou de désordre ; Si un coup de mer avait mis le bâtiment en péril, on eût remarqué des avaries et les voiles eussent été carguées. Pourtant, les Anglais découvrirent un indice qui, sans donner l'explication, aiguillait tout de même les conjectures dans le domaine de l'insolite sur le livre de bord, le commandant de la Marie-céleste avait noté des relevés anodins, signalé le beau temps, mais la dernière phrase, inachevée, comportait ces mots sibyllins : il nous arrive une chose étrange.....

Voyez c'est l'Atlantide

Les Américains, qui sont des fervents du spiritisme et de la voyance, ont organisé à San Diego (Californie) une séance au cours de laquelle un médium a fait la communication suivante(2) " Je suis Mme Briggs, la femme du capitaine de la  Marie-céleste.  Chaque jour à bord, pour rompre la monotonie du voyage, je jouais du piano. Quand le brick eut dépassé les Açores, des phénomènes étranges commencèrent à se produire ; chaque fois que je jouais, une musique lointaine semblait répondre à la mienne. Cela venait de la mer, comme s'il existait un écho marin, comparable à celui qu'on entend parfois en montagne. Tout l'équipage l'entendit et se mit à sonder les flots avec une crainte visible. Certains hommes, pris de panique, me demandèrent de ne plus jouer. Il y eut même un début de mutinerie, que mon mari calma péniblement. Il avait beaucoup lu et pensait que notre zone de navigation devait être celle de l'ancienne Atlantide. Un jour, en scrutant les fonds, il vit s'animer une sorte de prairie flottante, recouverte de végétaux ne semblant pas être des algues. Une autre fois, surexcité, il m'emmena sur le pont pour me montrer ce qui ressemblait à des ruines de maisons, à des colonnes brisées, en marbre. Je crus évidemment à un mirage. Dans la nuit qui suivit, des chocs insolites ébranlèrent la coque. L'aube se levait à peine que notre homme de vigie hurlait, tandis que le bateau s'immobilisait. Il était échoué sur une terre inconnue. Mon mari cria Voyez, c'est l'Atlantide miraculeusement remontée des eaux ! Dans un élan d'exaltation, nous avons tous quitté le bord. La végétation était extraordinaire. Nous allions à la découverte en chantant et, tout à coup, alors que nous arrivions à proximité de ce qui semblait être un temple en ruine, le sol se déroba sous nos pieds, par un mouvement géologique inverse de celui qui avait fait surgir la terre de l'eau. La Marie-Cé1este libérée, poursuivit aussitôt sa route, seule, vide. Nous avons tous péri dans la catastrophe. "

Mirage ou île nouveau-née

Pour ceux qui croient aux révélations de l'Au-delà, cette histoire serait plausible s'il ne s'y glissait quelques détails inadmissibles. Le début de mutinerie ne cadre pas avec l'ordre régnant à bord de la Marie-céleste ; un bateau de son tonnage ne s'échoue pas, sinon à une certaine distance de la terre ferme, et on voit mal un équipage abandonnant le bord sans jeter l'ancre au préalable. Enfin la description de l'Atlantide, faite par le médium, est enfantine et peu convaincante. Toutefois, il n'est pas exclu des suppositions qu'un phénomène de cet ordre ait pu se produire, soit par l'effet d'une hallucination collective ou d'une folie contagieuse, soit parce que, réellement, une terre a surgi de l'océan. Certes, elle ne pouvait pas comporter de végétation et de ruines, sauf s'il s'agissait du mirage de la célèbre île San Brandan, mais les fonds océaniques, par le jeu d'éruptions volcaniques sous-marines, émergent parfois aux Açores, comme le prouve l'apparition récente de l'île qui s'est rattachée à celle de Fayal. Que cette émergence se soit engloutie quelques heures après son apparition est admissible, mais il est bon de noter que les sables ou les laves mises au jour étaient, dans le cas de Fayal, à une température si élevée qu'il fallut attendre plusieurs mois pour y poser le pied. Actuellement, ces nouvelles terres sont pourvues d'appareils enregistreurs de température et aucune végétation n'y pousse. Dans cette hypothèse, les passagers de la Marie-céleste eussent été dans l'incapacité absolue de prendre pied sur la terre ferme.

Des coïncidences exagérées

 Depuis le XIXè  siècle, nombre de bateaux sans équipage ont été trouvés sur le 35è parallèle, sans que l'opinion publique ait songé à s'en émouvoir. Et puis, en 1969, l'affaire rebondit avec cinq nouveaux cas qui, pour le coup, entraient dans le cycle des coïncidences exagérées. Le 30 juin 1969, le navire britannique Maple Bank découvre un yacht de vingt mètres de longueur, non identifié, flottant la quille en l'air. Jusque-là, rien d'extraordinaire, mais le 4 juillet un autre bateau anglais, le Cotopaxi, signale un yacht, encore non identifié, se dirigeant au gouvernail automatique et vide de tout équipage. Deux jours plus tard, un bateau libérien, le Golar Frost, trouve un autre yacht fantôme, le Vagabond, appartenant au navigateur solitaire William Wallin. Et il n'y a personne à son bord. Le 8 juillet, le pétrolier anglais Helisoma rencontre, toujours sur le 35e parallèle, entre Açores et Portugal, un yacht de douze mètres qui navigue à l'abandon. Le 10 juillet, la presse, enfin alertée, consacre de longs articles à la découverte du Teignmouth Électron, d'un autre navigateur solitaire, célèbre celui-là :   Donald C. Crowhurst. Cinq yachts sans équipage repérés en onze jours autour des Açores, par beau temps et en plein été, cinq drames sans explication plausible, c'est beaucoup, même pour des statisticiens optimistes

Des forces occultes se jouaient de Crowhurst

A n'en pas douter, William Wallin était un navigateur expérimenté, mais Donald Crowhurst ne lui était pas inférieur. Pourtant son cas peut être dissocié des autres, car on a retrouvé son carnet de bord avec une relation qui, à première vue seulement, donne une solution du mystère. Crowhurst, excellent marin, participait à la course autour du monde organisée par le journal anglais le Sunday Time ; il était l'un des favoris, mais avait trop besoin de gagner la course pour risquer un échec. C'est sans doute ce qui lui donna l'idée de monter un canular qui abusa  longtemps la presse. Il navigua  jusqu'aux Açores, à 700 milles à l'ouest,  par 35° de latitude, et y resta sans bouger de façon appréciable, envoyant à  la  BBC anglaise, des messages radio où il donnait des points fantaisistes tels que : je franchis le cap Horn... le cap de Bonne-Espérance... je retourne en Angleterre... On le croyait premier! Le 24 juin 1969, Crowhurst reçoit un message du Sunday Time :  Rencontre prévue aux îles Sorlingues... B.B.C. prépare interview... récit exclusif pour les Journaux... éditeurs   intéressés... arrivée triomphale prévue... Alors, pris de panique. le célèbre navigateur  décide de ne plus répondre et confie la vérité à son carnet. Il avoue que son bateau, un trimaran, n'a pas bougé du 35° parallèle, mais il ajoute des commentaires qui dénotent un dérangement cérébral certain. Il parle de Dieu et du "système d'un monde" où un cerveau cosmique se joue de lui. Est-il   resté de son plein gré dans la zone des Açores? sa confession, sincère cette fois, laisserait supposer que des forces occultes l'y ont contraint Le 30 juin, il écrit qu'il est décidé à mourir : " Mon âme désormais est en repos. Je vous livre mon carnet de bord. la seule beauté est la vérité, personne ne doit et ne peut faire plus qu'il ne lui est possible. C'est la fin, la vérité est révélée, J'abandonne mon jeu à11h50." Le 10 juillet, le paquebot Royal Mail Picardy repérait le trimaran et le prenait en remorque. Crewhurst n'était plus à bord, mais son cadavre ne fut pas retrouvé. Selon certaines Informations, le navigateur britannique serait vivant et aurait été reconnu en Angleterre, mais en fait le mystère demeure sur sa disparition.

La chose étrange rend fou

Voilà donc les mystérieux événements qui se sont déroulés sur le 35° parallèle, particulièrement durant le mois de juillet 1969. En ce qui concerne Crowhurst, tout serait clair si quelques lignes de son carnet de bord ne remettaient les choses en question : qu'a-t-il voulu dire au juste avec son système d'un monde où un cerveau cosmique se joue de lui ? Phrase sans signification d'un homme à l'esprit dérangé ? Peut-être, mais le commandant de la Marie-céleste avait, semble t il, lui aussi, l'esprit dérangé par une chose étrange, et nous   verrons plus loin que c'est encore une chose étrange qui faisait perdre la raison aux pilotes du   Losange Magique des Bahamas. Aucune explication logique ne se prêtant à l'éclaircissement du mystère du 35° parallèle, force est donc de se rabattre sur l'irrationnel. On n'a jamais retrouvé un seul des corps des disparus, ce qui incite à penser qu ils ne sont pas tombés à la mer, sinon lestés de plomb ou à proximité d'une bande de requins. Y a-t-il eu enlèvement ? C'est difficile à croire. Le seul point évident de l'enquête est la disparition dans des conditions étranges. Il s'est donc passé quelque chose qui avait son origine soit dans le ciel, soit dans les eaux, et l'on songe, pour le premier cas, aux légendes rapportées sur des Extra-terrestres opérant des " prélèvements " sur la faune et la flore du globe terrestre. Légendes, certes, et pourtant, si c'était la chose étrange mentionnée par le commandant Briggs ? Si l'étrangeté venait de la mer, comment ne pas faire de rapprochement avec l'Atlantide, les subites apparitions d'îles volcaniques ou le mirage de San Brandan ? Pas très satisfaisantes non plus, ces explications Pas assez irrationnelles, peut-être ?

La magie des savants

Se serait-il produit un miracle ? un tour de magie ? Nous Voilà soudain plus à l'aise dans nos spéculations, plus en accord avec l'atmosphère des drames et des mystères. Mais la magie au XXè siècle s'est dépouillée de ses oripeaux et de ses grimoires. En fait, elles les a transmutés, car tous les accessoires demeurent, depuis la cagoule du sorcier jusqu'à la baguette magique à étincelles de la fée. Cette magie nouvelle est devenue la science fantastique, comme le pays de l'autre monde enchanté est devenu l'univers parallèle. Les hommes de nos temps rougiraient de croire aux sorciers, aux esprits, aux fantômes, mais ils acceptent d'accorder crédit à un autre monde régi par des dimensions inconnues. En cherchant bien au fond des choses, on apercevrait vite la marge étroite séparant la superstition de la croyance, l'Autre monde du Graal de l'univers à quatre ou cinq dimensions, les romanciers inspirés des physiciens d'avant-garde. S'il y a eu magie aux Açores, le jeu consiste donc à introduire des notions scientifiques nouvelles dans un problème insoluble par les mathématiques classiques. Est-il raisonnable de croire que certaines zones du globe soient le théâtre opérationnel de phénomènes de ce genre ? Un " cerveau cosmique, pour reprendre l'expression de Crowhurst, joue-t-il avec les humains ? C'est le thème des religions qui tend à devenir celui des sciences, mais à un niveau supérieur ou paraissant tel. En fait, le mystère des Açores s'éclaire, Si l'on admet que les équipages ont disparu de notre monde tangible pour entrer dans un univers parallèle régi par des dimensions dont nous n'avons pas idée.

Le Losange Magique

Le mystère du 35e parallèle trouve comme un écho dans les disparitions insolites qui se produisent plus à l'ouest, sur le 30e parallèle. Le losange délimité par la Floride, les Bermudes, Porto Rico et la Jamaïque est appelé par les Américains "sky-trap" (piège du ciel) et, en Europe, le Losange Magique ou le Triangle de la mort. Dans cette zone, les équipages disparaissent, les bateaux aussi, mais en ne laissant aucune trace, ce qui corse singulièrement le problème. Certes, dans toutes les mers du monde, des navires se perdent, corps et biens, et on ne retrouve rien en raison de l'éloignement des naufrages et de la solitude des lieux, mais la zone du Losange Magique est en plein océan fréquenté, et, en plus des bateaux, des avions disparaissent aussi sans laisser la moindre épave.

Cinq bombardiers en perdition

La revue soviétique Technique et Jeunesse et l'écrivain George Langelaan dans un livre intitulé Les Faits Maudits (3) ont relaté les étranges disparitions qui s'étaient produites depuis 1945. Les Voici, telles qu'elles ont été exposées par la presse. Le 5 décembre 1945 à 14 h 8, cinq bombardiers torpilleurs Avenger, avions militaires américains, décollent de la base de Fort Luaderdale en Floride pour un vol de routine, comme les pilotes en font chaque semaine. Les conditions atmosphériques sont favorables : la mer est calme, le ciel est serein. A 15 h 45, alors qu'ils sont sur le chemin du retour, les techniciens de la base notent que les avions n'observent pas les manœuvres habituelles d'approche. La tour de contrôle reçoit alors un message déconcertant " Nous ne voyons pas la terre, nous ne savons pas où   nous sommes "  Un dialogue s'engage, mais la conversation est incohérente de la part des hommes des Avenger. C'est la stupeur à Luaderdale, où l'on pense que les équipages sont devenus fous. Pourtant les pilotes ne semblent pas inquiets de la situation, je comprends mal cela, et se mettent à parler entre eux de façon étrange, posant des questions absurdes qui ne laissent aucun doute sur le dérèglement de leurs facultés mentales. Ne donnant pas leur position, ne le pouvant pas et ne semblant pas comprendre quand on leur demande d'essayer de la préciser, ils ne peuvent être situés par radiogoniométrie.

La mer est bizarre

 On sait pourtant que les bombardiers sont au large de la Floride, entre les Bahamas et les Bermudes, c'est-à-dire dans le Losange Magique, qui n'a pas encore reçu son nom. 16h 25 : on enregistre un message, le dernier, et par chance il est relativement compréhensible " Nous ne savons pas où nous sommes, la mer est bizarre, bizarre... (4), nous pensons être à 225 milles au nord-est de notre base "... Cette position correspond à la zone située entre Miami et les Bermudes. Les communications radiophoniques s'arrêtent brusquement, un drame a dû se passer à bord des avions aucun d'eux ne donnera de nouvelles désormais. On envoie aussitôt à leur secours, en direction nord-est, treize hommes spécialistes des recherches en mer, à bord d'un gros hydravion Marlin qui reste en liaison avec la terre. Dix minutes plus tard, les contacts radiophoniques sont rompus : l'hydravion Martin a disparu ! Alerte générale dans toutes les bases de la Virginie un porte-avions qui croise dans les alentours envoie ses appareils à la recherche de l'escadrille et de l'hydravion. Des dizaines d'avions commencent à sillonner le Losange Magique, entre Miami, les Bahamas et les Bermudes, conjointement avec plus de deux cents bateaux de pêche, de plaisance, et des navires de guerre. La mer est quadrillée, passée au peigne fin, mais aucun des six appareils disparus n'est retrouvé. Le temps continue d'être très beau, le vent est normal, c'est à n'y rien comprendre ! On se pose des questions comment des aviateurs expérimentés qui avaient effectué dix fois ce vol de routine, ont-ils pu disparaître ? Pourquoi n'ont-ils pas lancé de SOS ?  Pourquoi semblaient-ils désemparés et privés de bon sens au point de ne pas effectuer les manœuvres qui sont de règle en cas d'accident ? Aucune réponse ne peut être apportée à ces questions. Les appareils ont-ils piqué dans la mer sans que les hommes aient pu sauter en parachute ? C'est probable, car on n'a pas retrouvé le moindre débris. Le rapport de l'Amirauté américaine est laconique et honnête nous n'avons absolument aucune idée sur ce qui a pu se passer le 5 décembre 1945.

Un trou dans la mer

A partir de 1948, c'est une cascade de disparitions qui sera enregistrée dans le Losange Magique. En voici la liste. Le 29 janvier le Star Tîger, en provenance de Londres, avec 40 personnes. Le 20 décembre un Douglas IV, de la ligne San Juan de Porto Rico Miami, son dernier message donnait sa position alors qu'il se trouvait non loin de la Floride. Il ne lança pas de SOS. Le 17 janvier 1949 : le quadrimoteur Ariel, avion de transport de la BSAA, qui allait des Bermudes à la Jamaïque, avec 17 hommes à son bord. Le 28 août 1969 deux avions pétroliers. Février 1963 le pétrolier américain Marin Soulfour Queen. Juillet 1963 le chalutier Snow Boy. Les appareils et les deux bateaux disparurent corps et biens. On ne retrouva d'épaves que pour les pétroliers naufragés en août 1969, mais hors de leur ligne régulière de vol, et à 1 000 km les unes des autres. Pourquoi s'étaient-ils déroutés ? Mystère ! Entre 1929 et 1954 (exception faite pour la guerre), les statistiques de la Lloyd de Londres font ressortir que 222 bateaux de toutes les mers du monde, mais particulièrement de l'immense océan Pacifique, disparurent sans laisser de traces. Dans l'Atlantique nord, les disparitions sont peu nombreuses; or le Losange Magique se trouve non seulement dans l'Atlantique nord, mais dans la région la plus fréquentée, c'est-à-dire entre les États-Unis d'une part, avec la pointe de Miami, et d'autre part, entre Cuba, Haîti, la République Dominicaine et les îles des Caraïbes, sur des lignes où circulent journellement des dizaines d'avions et des centaines de bâtiments. Dans ces conditions, comment expliquer que deux bateaux puissent se volatiliser ? Un indice extrêmement sûr peut servir de base : les bateaux et les avions disparaissent ou ne disparaissent pas, selon les lieux. Sur le 35° parallèle, vers les Açores, les bâtiments sont retrouvés mais non l'équipage sur le 30° parallèle dans le Losange Magique, les bateaux et les avions ne laissent pas de traces. Autre constatation : aux deux endroits, aucun témoin ne demeure pour donner une explication. Pour les Açores, on en déduit que les objets matériels peuvent subsister mais non les hommes, comme si l'on voulait éliminer les témoins de l'affaire. Il y a comme une volonté d'empêcher toute explication orale des événements. Il est donc permis de penser qu'à certaines occasions, tantôt dans le Losange Magique, tantôt au large de Açores, il se produit des phénomènes très particuliers que les hommes de la planète ne doivent pas connaître Doit-on croire que des êtres, étrangers à notre civilisation, vivant en ces endroits, y ont des bases secrètes sous-marines, sans doute à grande profondeur ? C'est une hypothèse fantastique mais qui se rapporte à des événements qui ne le sont pas moins.

Passage dans la quatrième dimension

 Bien d'autres explications, aussi incroyables, ont été avancées : commandos de pirates modernes... et mieux encore - et pourquoi pas ? passage de la troisième à la quatrième dimension, comme dans la Philadelphia Experiment ou sur une bande de Moebius (4). Y a-t-il eu un décalage dans le temps ? Est-ce que par un phénomène inconnu, pilotes et marins ont été désaccordés de leur temps, et sont allés soit dans un temps futur, soit dans un temps passé ? Ont-ils disparu dans un trou du ciel ou de la mer, c'est-à-dire dans un univers parallèle où basculeraient à un certain moment les bateaux et les avions ?

Un trou dans l'univers

 Une thèse de l'ingénieur Jean Eichler apporte un certain appui à cette supposition fantastique (5). La voici dans toute sa rigueur et toute son audace.  L'espace dans une galaxie n'est pas l'espace axiome absolu, il est le milieu géniteur des mondes à trois dimensions. L'espace axiome absolu est le " vide " peuplé par une grande densité de particules élémentaires pratiquement immatérielles, de dimensions comprises entre 10 puissance 60 et 10   puissance 80 cm, ce qui correspond au "  milieu ou niveau profond et caché " que les physiciens de Broglie, Bohr et Vigier nomment : le niveau sub-quantique. L'agencement du milieu sub-quantique donne naissance aux particules atomiques ; les mouvements de large amplitude donnent naissance aux étoiles et aux planètes. Des mouvements plus importants encore engendrent des formations de nébuleuses et de galaxies. L'espace axiome absolu ou sub-espace est le milieu sous-jacent aux gravitons qui y flottent en quelque sorte. Un corps matériel n'est jamais en contact avec le vide absolu, mais repose dans le gaz de gravitons, comme un grain de poussière repose dans l'air. Si on supprime l'air, le grain de poussière tombe. De même, si le milieu sub-quantique de remplissage est supprimé, la matière " tombe " dans le vide (ce n'est qu'une image, bien entendu). C'est ce qui se passe lors d'un effondrement gravifique, au cours duquel toute la matière constitutive d'une étoile s'effondre sur elle-même, puis disparaît effectivement et complètement de l'espace tridimensionnel (invisibilité). Pour tomber où ? Peut-être dans un milieu ou il n'existe ni distance ni temps, c'est-à-dire dans un autre univers. Dans cette hypothèse, il est permis de penser que la matière peut resurgir à un autre point de l'espace tridimensionnel, après une absence nulle de temps et après avoir " parcouru"  une distance nulle (matérialisation). Jean Eichler pense que lors de circonstances exceptionnelles ou de perturbations de nature inconnue, le milieu sub-quantique peut se  déchirer   localement, même dans notre univers, de sorte que la matière qui se trouve prise dans le tourbillon disparaît brusquement, ou apparaît de même, du néant ou sub-espace. A croire que le milieu sub-quantique a formé un tourbillon en forme de bande de Moebius

Le pays où le temps cesse de couler

 Le professeur Todericiu a émis quelques hypothèses au sujet du Losange Magique son mystère a une origine très ancienne. Élien en a parlé dans Historiae variae, histoires diverses, pleines de fables ridicules, mais qui contiennent des particularités curieuses et révèlent certains faits authentiques. Cette relation a été traduite par Dacier en 1772. Élien a conté ce qui suit dans le livre 3, chapitre XVIII : dans une conversation très connue avec Silène, le Phrygien Midas fit allusion à l'Amérique (un pays au-delà du grand océan). Il dit que près de la ville d'Anoston, il y a deux fleuves, celui de la gaieté et celui de la tristesse, et, entre ces fleuves, dans un certain endroit de la mer, l'homme oublie tout ce qu'il a fait et entre dans une nouvelle dimension du temps. Il est extrêmement curieux qu'Élien parle de l'Amérique et note un endroit où l'homme oublie tout son passé Il précise qu'il oublie aussi tout son savoir et devient tout à fait jeune. Alors, comme s'il brûlait les étapes, l'homme disparaît en vivant à l'inverse de son temps. C'est une des premières allusions à une quatrième dimension, et approximativement située dans le Losange Magique. Dans les contes du Graal, au royaume du roi Bran qui habitait dans l'extrême ouest de la Celtie, au-delà de la Mer ténébreuse et des brumes, vivait la reine Rianon qui, lorsqu'elle parlait, développait une atmosphère magique, si bien qu'à sa cour, le temps cessait de couler. Donc, aux époques d'Élien (IIè siècle apr. JC) et de la légende du Graal (Moyen Age), on croyait à cette Amérique précolombienne et au pays des Tertres, c'est-à-dire à un vaste continent existant au-delà des mers. Et l'on savait qu'il existait un lieu et un royaume où les hommes, inconsciemment, entraient dans un univers parallèle. Ces traditions méritent d'être prises en considération. La vérité fantastique ne peut se cacher que dans une explication du même ordre.

Une Zone Magique

Au large des Açores, la longitude 35 suit la dorsale atlantique qui est une immense ligne de fracture allant de l'Islande à l'Antarctique. Les lèvres de cette matrice sont en perpétuel remuement et dégurgitent les entrailles terrestres comme sur un double tapis roulant, en direction de l'Afrique d'une part, et de l'Amérique d'autre part les fonds marins vomissent l'Atlantide sur le 35e parallèle. Au large des Bahamas, s'étale la mer des Sargasses, véritable cimetière où vont s'assembler les carcasses des vaisseaux flottant entre deux eaux et tous les débris de naufrages. Coïncidence étrange, c'est des Açores aux Bahamas que les traditions situent la terre des Atlantes. Dans le ciel, les particularités ne sont pas moins étranges : les cyclones naissent dans le Losange-magique et les hautes pressions dès Açores conditionnent le climat de toute l'Europe. Très vraisemblablement, le champ magnétique terrestre, à ces endroits, est d'une intensité très exceptionnelle. Il doit s'effectuer, entre mer et ciel, des interactions d'ordre électrique encore inconnues car très rares, mais peut-être aptes à créer des phénomènes fantastiques, donc à apporter une explication au mystère qui nous intrigue. Les savants de l'Institut Max-Planck de chimie, à Mayence, ont détecté vers l'Islande et les îles Féroé, une teneur anormale en protoxyde d'azote (gaz hilarant). Ils pensent que les océans possèdent une sorte de métabolisme dont une phase, le catabolisme, pourrait donner naissance à des réactions chimiques en liaison avec la dégradation organique. Ce processus chimique serait particulièrement intense dans les zones de remous, où se concentrent et se déposent les déchets des océans. C'est le cas pour ce ventre de l'océan Atlantique qu'est le 35e parallèle avec sa mer des Sargasses. Des compositions chimiques inconnues doivent se produire à certaines époques et se comporter comme les gaz de guerre qui annihilent toute volonté et le sens de l'orientation ou, au contraire, suscitent des visions et des phantasmes susceptibles d'abuser les marins et même les navigateurs de l'espace. Ce phénomène chimique peut expliquer une partie des mystères les aviateurs et les marins devenant fous, se précipitant dans l'océan, sollicités peut-être par de mystérieuses forces occultes. Ce serait une solution satisfaisante du problème s'il expliquait aussi ce que deviennent les bateaux s'évanouissant dans le Losange Magique. Mais ce n'est pas le cas. Alors l'énigme subsiste, défiant la science des rationalistes et la sagacité de ceux qui croient au Mystérieux Inconnu.

(1)   Ces Maisons qui tuent, par Roger de Lafforest, éditions Robert Laffont.
(2)   Extrait de Point de Vue - Images du Monde n° 1076 - 21 février 1969 " Chronique de l'étrange " par Straton le-Nîmois.
(3)   Les Faits Maudits de George Langelaan, éd. Planète, 114, Champs-Élysées, Paris 8è.
(4)   Lire à ce sujet Le livre du mystérieux inconnu chap. II : Science fantastique . La philadelphia Experiment Le ruban de Moebius etc.
(5)   Jean Eichler a publié ses études dans deux opuscules édités par le " Cercle de Physique Alexandre-Dufour " de Paris, sous les titres : Espace et Gravitation et Le Plénum Énergétique.

Cette page est extraite des oeuvres de Monsieur Robert Charroux. Tous les textes présents dans cette rubrique sont retranscrits intégralement. Ils ne souffrent aucun résumé et méritent d'être reproduits dans leur intégralité. Ce n'est pas du plagiat, mais une reconnaissance et un hommage envers un auteur courageux, hélas disparu, qui a su braver le scientifiquement correct.  La page source vous indique le moyen d'acquérir ses ouvrages


Dernière Modification   22/12/16

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