Les horloges de longue vie


A mi-chemin entre la légende et la science fantastique, une histoire rapportée par l'écrivain Jacques Yonnet (1) engage le mystère du Temps et de la Magie.  A Paris, rue des Grands-degrés, dans un renfoncement d'immeuble se tient une échoppe d'horloger où trois personnes seraient à l'étroit. Un écriteau en planche indique la raison sociale de l'artisan : Cyril M., Maître Horloger. A vrai dire, c'est à de très rares occasions que Maître Cyril M. officie dans sa boutique, à croire qu'une éventuelle clientèle ne le préoccupe pas outre mesure. Pourtant, depuis le XIVè siècle, selon des archives conservées à la Bibliothèque de l'Arsenal, une horlogerie a toujours existé à cet endroit. Cyril M. est un homme étrange, d'une quarantaine d'années, et son occupation est des plus insolites : il fabrique des horloges dont les aiguilles tournent à l'envers, c'est-à-dire, de droite à gauche, sur un cadran où le chiffre des heures est cependant normal. Pour les initiés, l'artisan a un surnom; on l'appelle " l'Horloger du Temps à Rebours ". Longtemps on s'est perdu en suppositions sur l'intérêt que pouvaient présenter des pendules ou des réveils dont les aiguilles indiquent 9 heures quand il est 3 heures. Jacques Yonnet, après une enquête patiente, a résolu l'énigme : Maître Cyril  M. fabrique des horloges qui rajeunissent ses clients. Déjà, il y a 600 ans, des horloges magiques étaient vendues en ce même endroit par un maître horloger du nom de Biber, qui faisait des affaires d'or, car il n'est pas difficile de trouver acheteur d'une machine de jouvence qui remonte le temps, entraînant son propriétaire dans une merveilleuse aventure. Pourtant, un jour, une douzaine de clients se rencontrèrent fortuitement chez Maître Biber et lui intimèrent l'ordre d'arrêter la marche à rebours du temps qu'indiquaient leurs horloges. Je n'y puis rien ! dit le marchand. Ces horloges, Si elles sont arrêtées, marqueront alors l'heure inéluctable de votre mort. Et qu'avez-vous à vous plaindre? Vous, messire Olivier, aviez octante quand vous êtes venu me voir, vous aussi, messire Gontault et tous étiez chenus ou sur le chemin de la décrépitude. Il y a de cela si longtemps que tous, vous devriez être morts depuis belle lurette si mes horloges ne vous avaient ramenés vers le temps des amours. Certes, dit Messire Olivier, nous en convenons volontiers, mais nous voilà bientôt jouvenceaux et notre destin nous entraîne vers une mort dont nous voyons la date exacte. Ne pourriez-vous mettre ces damnées machines en marche régulière, afin que nous nous acheminions tout doucettement vers une bonne mort naturelle?  Impossible ! Ces horloges sont faites d'un métal où furent intimement liés votre sang, votre chair, et elles ont été baptisées à votre nom. Elles ont un destin qui est le vôtre et je n'y puis rien changer. Ils protestèrent et l'un d'eux répliqua. Nous vous avons payé chèrement, Maître Biber, pour acquérir vos horloges, si chèrement que vous nous devez toute votre assistance. Vous aviez la quarantaine à l'époque des achats, et il y a de cela soixante ans bien sonnés. Or, vous avez toujours la quarantaine, alors que nous rajeunissons à en mourir bientôt. Vous avez donc un secret pour arrêter le temps et nous voulons en profiter. Vous avez raison, répondit l'horloger, mais hélas, je ne sais vous assister malgré le grand désir que j'en ai. Mon horloge a la particularité de faire tourner les aiguilles tantôt dans le sens du passé, tantôt dans le sens du devenir, Si bien que le temps ne coule pas pour moi. Ce fut le chef-d'œuvre de mon Maître, un Vénitien, mais il ne m'a pas légué son secret et mon savoir s'arrête à ce que j'ai fabriqué. Vous me tueriez que je n'en pourrais mais Les vieux jouvenceaux se retirèrent penauds, mais à quelque temps de là, s'étant nocturnement réunis, ils s'introduisirent chez l'horloger pour lui dérober son horloge magique, chacun avec l'espoir de la faire sienne. Ils la trouvèrent en effet et se la disputèrent Si bien que la mécanique magique tomba sur le carreau où elle se brisa. Or, elle était l'horloge mère de toutes leurs horloges et quand elle s'arrêta, toutes arrêtèrent leur mouvement et les jouvenceaux tombèrent raides morts. Le lendemain les archers du roi trouvèrent dix cadavres dans la boutique de l'horloger et comme aucun ne portait de blessure visible, ils les crurent tués par un effet diabolique ce qui était bien vrai et ils les enterrèrent incontinent en terre pourrissante sans les faire passer par l'église ni sonner le glas de miséricorde. Voilà ce que révèle la chronique et qui trouve un étrange prolongement à travers les siècles puisque dans la rue des Grands Degrés il y eut toujours une boutique d'horlogerie, qu'il en existe une encore et que son propriétaire passe pour avoir le même tour de main que son antique prédécesseur. Maître Cyril M. a 40 ans, l'âge de Biber (qui était un surnom de Cagliostro), et il appartient au Conseil des " Anciens de la Maub " (2) dont chaque membre a plus de 80 ans de vie, ce qui est bien étrange. Plus étrange encore Maître Cyril M., se laisse aller parfois à raconter des événements de sa vie qui se déroulèrent à une époque où, en principe, il n'était pas né. Il s'est engagé deux fois dans la Légion Étrangère, ce qui est bien commode pour changer d'identité. Au XVIè siècle, ce fantastique trouvait créance au point que des peintres brossaient des portraits magiques, mêlant à la couleur, exactement comme dans l'envoûtement, des rognures d'ongles, des cheveux, un peu de la chair et du sang de leur modèle. Le portrait était ensuite baptisé, béni et il devenait le double vivant  de son propriétaire, à qui rien ne pouvait arriver de fâcheux tant que la toile serait préservée. Aussi enfermait-on le portrait en un endroit bien gardé. Un jour, sur le Pont Neuf à Paris, on vit un homme de qualité lacérer ses vêtements et les jeter à terre en criant : " Au feu ! Au feu ! Je brûle ! "  Les témoins de la scène ne voyaient pourtant aucune trace de flamme et crurent que l'homme était fou. Ce dernier qui paraissait souffrir le martyre, hurlait toujours. Il finit par se jeter dans le fleuve, d'où on le retira noyé. On apprit par la suite que cet homme avait chez lui un portrait magique, que le feu avait anéanti sa maison et qu'il avait sûrement ressenti les effets de brûlures à l'instant même où se consumait le tableau.

Le Laser et les fantômes

Une des grandes chimères des magiciens fut le désir de matérialiser leurs rêves. Sur ce point leurs prétentions ne dépassèrent jamais le stade nébuleux de l'apparition fantomale, translucide, de poids négligeable et de consistance nulle. La science nucléaire fit un grand pas vers les matérialisations en produisant des corpuscules solides à partir d'une énergie que l'on admet impondérable. La découverte du Laser peut-elle laisser supposer qu'approche la création de fantômes solides et pesants ? Le Laser est un rubis magique, qui, recevant un flash lumineux de faible intensité, le restitue des millions de fois plus puissant. Cette particularité a trouvé un prolongement que des occultistes étudient minutieusement. En bref, il s'agit de voler une image à une personne vivante et d'en faire un fantôme consistant. Dans l'hypothèse de la lumière pesante, ses particules, les photons, auraient une masse infinitésimale, mais réelle. L'image - lumière d'un être vivant - pourrait donc être évaluée à 0 g, suivi de nombreux zéros et d'un chiffre. Les photons de cette image, bien que de masse infime sont multipliés des milliards de fois par le laser, Si bien qu'à leur sortie ils pourraient théoriquement peser plusieurs grammes, sinon plusieurs kilos. Toujours dans cette hypothèse aventureuse, le problème pour les occultistes est de projeter en laser une image humaine et de la faire ressortir des milliards de fois plus dense, plus lumineuse, donc plus lourde, c'est-à-dire de matérialiser l'image de l'être vivant servant à l'expérience. Y parviendront-ils ? On pourrait en douter si la science n'avait déjà apporté des solutions à des problèmes insolubles : les lumières Sandoz rendent un homme invisible les hommes peuvent se parler, se voir et s'entendre à des milliers de kilomètres de distance; ils vont aller sur les planètes. Il n'est donc pas totalement absurde de penser que dans quelques années des matérialisations humaines seront réussies. Mais de quelle nature seraient les êtres lumineux ainsi créés ? Émile Drouet, qui étudie le phénomène dans le cadre du Voyage dans le Temps, pense que le fantôme issu du laser aurait un poids approximatif de 3 kg pour une épaisseur pratiquement nulle. Sa consistance serait analogue à celle du caoutchouc et son degré calorimétrique voisin de 100 000; c'est-à-dire que le gracieux fantôme ferait fondre tout objet se trouvant dans un rayon de 10 m au moins. Drouet estime toutefois que l'expérience peut être réalisée avec la lumière froide. Un inconvénient majeur est que le fantôme a une durée de vie théoriquement négligeable, mais qui avoisine quelques secondes par suite de sa densité qui freine sa dilution dans l'atmosphère. Autre énigme : ces fantômes pesants auront-ils une âme, une intelligence, une vie ? Ou bien seront-ils des images mortes ? Et l'expérience ne sera-t-elle pas dangereuse pour la personne dont on aura en quelque sorte volé le double? Drouet, en grand secret, poursuit ses expériences empiriques.

(1)   Enchantements sur Paris. Ed. Denoel
(2)   Il s'agit d'une société occulte groupant douze personnages du quartier de la place Maubert.

Cette page est extraite des oeuvres de Monsieur Robert Charroux. Tous les textes présents dans cette rubrique sont retranscrits intégralement. Ils ne souffrent aucun résumé et méritent d'être reproduits dans leur intégralité. Ce n'est pas du plagiat, mais une reconnaissance et un hommage envers un auteur courageux, hélas disparu, qui a su braver le scientifiquement correct.  La page source vous indique le moyen d'acquérir ses ouvrages


Dernière Modification   22/12/16

© Histoire de France 1996