Dry farming

 

    Dans certaines régions du bassin méditerranéen, la pratique de labours fréquents remédie à la sécheresse du sol, forme traditionnelle de dry farming.
    Dry farming, signifiant littéralement en anglais "culture sèche", s'applique à des méthodes agricoles et, en généralisant, à des systèmes agraires parmi les plus répandus à la surface du globe. Ils sont adaptés en effet aux régions climatiques à précipitations annuelles insuffisantes et sont donc largement représentés au sein des vastes steppes des milieux semi-arides comme dans les plaines et les plateaux de climat méditerranéen.
    Domaine privilégié de la culture des céréales - encore que, localement, elle soit associée à d'autres formes de mise en valeur -, ces méthodes culturales reposent sur un grand principe, quel que soit le degré des techniques utilisées : le "labour sec", multiplié au cours de l'année précédent la mise en exploitation, sur les sols en jachère.
    Ces labours peuvent être pratiqués de manière traditionnelle, à la charrue et, plus fréquemment, à l'araire, instrument rudimentaire de bois, sans versoir ni roues qui ne fait qu'écorcher la terre sans véritablement la retourner (d'où la nécessité de multiplier les façons) : exemple antique des civilisations de la Méditerranée grecque ou romaine, exemples présents des milieux ruraux extensifs d'Afrique Noire (terroirs Sérères), des oasis non irriguées du Souf marocain ou du Fezzan, des terres à blé de la plaine Jaune chinoise, de la meseta ibérique ou du Campinado sarde... A l'autre extrémité de la gamme de techniques, les "labours secs" sont pratiqués par d'impressionnantes batteries de tracteurs, accompagnés de herses géantes (plus de 15 m de long) en Australie méridionale, dans les Rocheuses ou les hautes plaines du Nebraska et des Dakotas.
    Ces pratiques culturales visent à briser la couche superficielle du sol (horizons) et à développer le développement des mauvaises herbes qui se forment ("jachère labourée"). On a très souvent remis en cause l'intérêt de briser la croûte. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, on considérait surtout comme essentiel d'empêcher ainsi le processus de remontée par capillarité des eaux infiltrées : en conséquence, le sol ainsi labouré emmagasinait l'eau tombée l'année précédant la mise en culture.
    On croit surtout aujourd'hui aux vertus du "dry farming" dans la mesure où il accélère l'aération du sol et des horizons superficiels; ces derniers peuvent s'enrichir plus aisément en principes azotés, en emmagasinant l'azote atmosphérique. Au-delà de cette controverse, un fait demeure : la pratique du "dry farming" se concrétise par un accroissement substantiel des rendements céréaliers.
    Dans l'Etat du Dakota, qui fait partie de la ceinture céréalière des Etats-Unis, on pratique le dry farming avec des moyens mécaniques imposants.
    Mais, parallèlement, le labour sec contribue à l'accélération des processus de dégradation des sols. Obstacle aux mauvaises herbes, il favorise donc la pérennisation des terres nues, proies privilégiées de l'érosion des cours d'eau et de la morsure des vents ("Bad Lands" ravinées des grandes plaines américaines). Quand on constate par exemple que les terres à blé du centre des Etats-Unis ont ainsi définitivement perdu 4 millions d'hectares, on comprend les efforts multipliés ces dernières décennies par les Instituts agronomiques pour trouver des solutions.
    Comme il n'est guère question de remettre en cause le principe même du dry farming, les suggestions les plus fréquentes concernent alors l'environnement : aménagement spatial des récoltes par bandes alternées (cas fréquent en Ukraine), cultures en courbes de niveau; construction de "terrassettes"; plantations de rideaux d'arbres : dans la Prairie canadienne, par exemple, des rangées d'arbres allongées du Nord au Sud - écran aux sévères vents d'Ouest - ont été disposées tous les 400 ou 500 mètres.
    Ainsi, les paysages classiquement associés aux méthodes de dry farming, les paysages ruraux "d'open field", de champs ouverts céréaliers, sont-ils progressivement remplacés par un gigantesque bocage à mailles lâches et régulières : belle illustration de l'incessante adaptation des techniques humaines au milieu géographique.