Lacs

    Le lac du mont Mavora, en Nouvelle-Zélande, occupe le fond d'un bassin creusé par un glacier qui éroda la roche.
    Les lacs sont des étendues d'eau douce sans communication avec la mer, sinon par le fleuve qui leur sert de déversoir.
    Au même titre que les mers, ils forment des niveaux de base pour l'érosion, peuvent avoir des deltas - comme celui du Rhône, dans la partie supérieure du lac Léman, qui a comblé 20 km -, des activités de pêche, de navigation, de tourisme, des marées (infiniment faibles), des rivages aux caractéristiques variées et des tempêtes qui, par un phénomène de résonance ondulatoire lié à la profondeur et à la forme du lac, sont parfois aussi dangereuses que celles de l'océan.
    Certains lacs sont d'ailleurs suffisamment larges pour que le rivage n'apparaisse pas dans le lointain, donnant l'impression d'une mer. Tel est le cas des plus grands lacs : lac Victoria (68 000 km²) et Tanganyika (32 600 km²) en Afrique orientale; lac Supérieur (81 000 km²), Huron (61 600 km²), Michigan (58 100 km²) en Amérique du Nord; lac Baïkal (33 000 km²) en Sibérie, qui, grâce à ses énormes profondeurs, forme la masse d'eau douce la plus importante du monde. A côté de ces géants, les lacs français, même les plus grands (lac du Bourget), et européens (Léman : 580 km²), font figure de mares.
    Jeux sur les rives du lac Rodolphe dans les plaines septentrionale du Kenya. C'est un lac créé par les mouvements du sol, une véritable mer intérieure. Sa superficie est de 8 600 km².
    Pour qu'un lac existe, il faut une dépression du sol, une retenue naturelle des eaux dans un bassin, et un déversoir dont le débit ne soit pas supérieur à celui de la réception des eaux : cette dernière condition explique que toutes les dépressions ne soient pas lacustres, et que bon nombre d'entre elles offrent les traces d'anciens lacs. Le temps joue ici contre les lacs menacés d'envasement et d'évaporation - c'est le cas du Grand Lac salé de l'Utah -, ou, aussi bien, de tarissement, lorsque leur déversoir, par érosion régressive, s'enfonce peu à peu dans le barrage aval du lac, abaissant son niveau.
    Cette naissance et cette mort des lacs peuvent s'illustrer dans les étranges événements qui surviennent parfois dans les Andes, après un tremblement de terre. La violence de ces séismes est telle que de véritables morceaux de montagne s'effondrent, transversalement à une vallée. Derrière cet amas, qui forme un tampon peu perméable, les eaux s'accumulent, remontant loin en amont jusqu'au moment où le sommet du barrage est atteint et où un déversement se crée, violent, rapide, qui s'enfonce par érosion dans un ravin chaque jour plus profond. Ce ravin finit par atteindre l'ancien niveau fluvial : le lac se trouve alors résorbé.
    Près de Malcesine, en Italie, le lac de Garde couvre une étendue de 370 km². Son climat, sa végétation ainsi que la beauté de son site, font de ses rives un lieu de séjour apprécié.
    Mais parfois, c'est la masse même du barrage qui, gorgée d'eau, sous la poussée du lac d'amont, se met à céder d'un seul coup, laissant se répandre jusqu'à la mer, en un flux gigantesque et dévastateur, les milliers de mètres cubes emprisonnés.
    Il s'agit là d'un exemple de lac tectonique, c'est-à-dire lié aux mouvements du sol. Mais de nombreux autres cas se présentent : une carte de l'Afrique montre tout un chapelet de lacs allongés du nord au sud. Ils se sont établis dans des fossés d'effondrement limités par deux escarpements parallèles qui marquent leurs rivages occidentaux et orientaux; leur profondeur, leurs limites nord et sud sont liées à la fragmentation de cet effondrement en blocs multiples, séparés par des failles transversales, et basculés. Entre la saillie nord de l'un et l'enfoncement sud de l'autre, se crée à chaque fois un creux rempli par les eaux africaines. Le même phénomène se produit dans le sillon tectonique israélo-jordanien, avec le lac de Tibériade et la mer Morte. Le Baïkal montre des rives en falaises bien nettes, issues de failles.
    Les lacs volcaniques offrent une structure différente. L'effondrement du cratère donne souvent naissance, lorsque le volcan est devenu inactif, à un lac aux belles formes circulaires : ainsi, le lac Pavin en France, ou l'Albano en Italie. Parfois ce sont des coulées volcaniques qui forment des barrages et déterminent la retenue (lac Chambon). Il arrive qu'un volcan s'implante là où se trouvait la vallée : ainsi, le lac Atitlan, au Guatemala, est dominé et fermé par le volcan del Agua.
    Enfin, bon nombre de ces lacs trouvent leur origine dans le travail des glaciers. Le surcreusement glaciaire, les barrages morainiques, les fonds argileux, sont autant de facteurs favorables à l'implantation de lacs. Cela explique leur abondance au Canada ou en Finlande, surnommée "pays des mille lacs"
    Depuis toujours, les lacs ont favorisé le développement des activités humaines. De grandes civilisations se sont développées grâce aux facilités de transport, de commerce qu'ils permettent, et à la pêche qui assure des ressources appréciables; ainsi, le lac Titicaca se lie à civilisation inca, comme le lac Patzcuaro (Mexique) à la civilisation tarasque. De nos jours, le tourisme, avec la navigation de plaisance notamment, augmente encore l'effet d'attraction des régions lacustres, comme celle d'Annecy par exemple.
    Lac ou mer? La mer Caspienne qui s'étend sur 424 300 km², entre les côtes russes et iraniennes, est alimentée en particulier par la Volga qui lui apporte 300 milliards de m3 d'eau. Pourtant cet apport ne semble pas suffisant pour compenser la très forte évaporation, et le niveau de la mer Caspienne baisse chaque année. C'est l'un des rares endroits où l'on pêche l'esturgeon.
    De nombreux déversoirs lacustres ont été équipés de centrales qui tirent parti de la régularité du débit lié à la masse d'eau retenue. Des lacs artificiels ont été créés dans cette intention; ils deviennent vite aussi appréciés que leurs frères naturels, comme l'illustre le cas de Serre-Ponçon en France. De sorte que l'on crée de nos jours des lacs simplement destinés à la navigation de plaisance (Dijon).
    Mais déjà se prépare, pour l'avenir, la mise en réserve de cette richesse menacée : l'eau douce. La Hollande a donné l'exemple avec le lac d'Ijssel et un "Plan Delta" qui vise, en barrant les embouchures de l'Escaut et du Rhin, non plus à créer des polders, mais d'immenses lacs, devenus plus utiles à la Hollande que les terres cultivables.