Le verdict
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Le 18 janvier, certains députés ayant contesté le décompte des voix énoncés la veille, il fut décider de refaire un nouvel appel nominatif, sur la troisième question celle de la sentence. Pour  la mort. Pour la mort immédiate et sans condition, il y eut moins de voix: 361, soit exactement le chiffre requis pour la majorité absolue. Une voix de moins et le sort du roi aurait été tout autre. Le 19 janvier, la Convention procéda au quatrième vote nominal afin de répondre à la question: "sera-t-il sursis à l'exécution du jugement de Louis Capet ? oui ou non ?" Sur 690 suffrages, 310 furent pour le sursis et 380 contre. le président annonça:" La Convention nationale décrète qu'il ne sera point sursis à l'exécution du jugement de mort qu'elle a rendu le 17 de ce mois contre Louis Capet, dernier roi des français". Interdiction fut faite à Malesherbes de revoir le roi. Le dimanche 20 janvier à 14 heures, Garat président du conseil exécutif provisoire et ministre de la justice, accompagné de Lebrun-Tondu ministre des affaires étrangères, Philippe Grouvelle secrétaire du conseil, Chambon de Montaux maire de Paris, Chaumette procureur général syndic de la commune, ainsi que Santerre commandant général de la garde nationale, se firent annoncer chez le roi. sans se découvrir, Garat dit au roi "le secrétaire du conseil va vous lire la sentence". Grouvelle lut : Article premier: Louis Capet, dernier roi des Français, déclaré coupable de conspiration contre la liberté de la nation, et d'attentat contre la sûreté générale de l'état.
Article II: La Convention condamne Louis Capet à la peine de mort, exécutable dans les vingt-quatre heures à compter  de la notification et rendra compte à la Convention nationale, immédiatement après l'exécution. Le roi resta de marbre, prit le papier des mains de Garat, le plia en quatre et le remit dans son portefeuille. Louis lut puis remit à Garat une lettre demandant un délai de trois jours afin de se préparer à paraître devant Dieu avec l'aide d'un prêtre choisi par lui, Edgeworth de Firmont, d'être délivré de la surveillance permanente des municipaux, de voir sa famille sans garde ni témoin et qu'après sa mort celle-ci puisse se rendre librement où elle le jugerait bon. Après le départ de Garat, le roi dîna mais on lui interdit de se servir d'une fourchette et d'un couteau. Louis s'indigna: "Me croit-on assez lâche, pour que j'attente à ma vie ?". Lorsque Garat revint vers 18 heures, il informa le roi qu'il pouvait recevoir le ministre du culte de son choix, ainsi que de voir sa famille sans témoin. Que la nation, toujours droite et juste, s'occuperait du sort de son épouse et de ses enfants, mais que le délai de trois jours lui était refusé. L'exécution aurait donc lieu le lendemain. L'abbé de Firmont attendait en bas, Louis le reçut, se confessa, lui remit un exemplaire de son testament, s'enquit sur le devenir de l'église puis parla duc duc d'Orléans: "Qu'ai donc fait à mon cousin pour qu'il me poursuive ainsi ?" Mais pourquoi lui en vouloir il est plus à plaindre que moi. Vers vingt heures, la famille royale descendit. L'entrevue dura trois heures et fut déchirante. La reine et les membres de la famille voulaient passer la dernière nuit avec le roi, mais Louis s'y refusa, leur demandant de pardonner à ses bourreaux et promit de les recevoir le lendemain à 7 heures. Puis il retourna auprès du prêtre qui l'attendait. Le lundi 21, jour de l'exécution, Louis se leva à 5 heures, fit sa toilette et s'habilla. Cléry avec l'accord des municipaux, improvisa un autel, le roi lui demanda de servir la messe, il entendit la messe à genoux et reçut la communion. La messe terminée Louis alla s'asseoir près du feu pour se réchauffer "Oui, dit-il, il existe en haut un juge incorruptible qui saura bien me rendre la justice que les hommes me refusent ici bas". L'abbé le supplia de ne pas revoir sa famille, l'épreuve serait trop dure pour eux. Louis accepta. Cléry ne put couper les cheveux du roi, l'utilisation des ciseaux lui étant refusée. Le roi dit à l'abbé:"Ces gens là craignent-ils que je me tue ? ils me connaissent bien mal, me tuer serait une faiblesse. Non, puisqu'il le faut, je saurai mourir". Vers 8h30, Santerre se présenta au roi avec son état major lui annonçant qu'il fallait aller à la mort. Louis le pria d'attendre quelques instants, puis il se jeta à genoux devant l'abbé en lui disant:"Tout est consommé, monsieur ; donnez-moi votre dernière bénédiction, et priez Dieu qu'il me soutienne jusqu'à la fin" Puis remit son testament à un municipal, recommanda Cléry à la Commune et s'adressant à Santerre; "Marchons !" ordonna-t-il et partit d'un pas ferme. Le trajet dura plus d'une heure pour se rendre place Louis XV où était dressé l'échafaud (Là où se dresse actuellement l'obélisque). Arrivé au pied de l'échafaud, le roi se dévêtit seul, se laissa lier les mains et couper les chevaux, puis reçut une dernière absolution de l'abbé Edgeworth de Firmont, puis monta calmement les marches. Louis manifesta le désir de faire taire les tambours afin qu'il puisse s'adresser au peuple, cette requête lui fut refusée. Tandis qu'on lui passait les sangles il cria ;"Je meurs innocent". Il était 10h10. Le bourreau présenta la tête du souverain au peuple qui cria :"vive la nation ! vive la république !" Le corps fut transporté au cimetière de la Madeleine de La-Ville-l'Evêque où il fut mis en bière et inhumé. Une chapelle expiatoire élevée en 1815 marque l'endroit exact où Louis XVI et les nombreuses victimes de la terreur furent enfouis après leur décapitation, ils étaient plus de cinq cents.        


Dernière Modification   26/04/19

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